Six équipes, une canicule, 177 entretiens
Pendant trois semaines, six équipes ont sillonné la France pour filmer la parole de 177 habitants. Récit d’une enquête menée sous quarante degrés et du mois de montage qui a suivi.
Mille rencontres pour 177 entretiens
Le premier entretien a été filmé le 20 juin, à Avignon. Le dernier au tout début du mois de juillet, en Alsace. Entre les deux, six équipes ont travaillé simultanément autour d’Avignon, Carcassonne, Nevers, Saint-Nazaire, Sarcelles et Strasbourg, en ratissant chaque fois un rayon d’une trentaine de kilomètres. Au total, 77 communes, 16 départements et 7 régions.
Chaque équipe associait un journaliste, un cadreur et, le plus souvent, un consultant pour accompagner la « pré-enquête » : frapper aux portes, appeler les associations, les mairies, les entreprises, les maisons de retraite, les clubs de sport… et convaincre les gens de consacrer quarante minutes de leur temps à un questionnaire long et exigeant. Il aura fallu rencontrer plus de mille personnes pour aboutir aux 177 entretiens du corpus. Refus, désistements, relais qui ne débouchent pas : c’est le prix ordinaire d’un panel construit sur des quotas et non sur le volontariat.
Tourner par quarante degrés

L’enquête a coïncidé avec la canicule. Les voitures en stationnement se transformaient en four, les journées commençaient tôt, finissaient tard et les équipes ont enchaîné jusqu’à 200 kilomètres par jour. On a filmé dans des EHPAD, sur des exploitations agricoles, dans des ateliers, dans des quartiers sans un arbre, sur le pas de portes ouvertes par un voisin ou un responsable associatif du coin.
Partout la démarche a été bien accueillie, y compris là où on l’attendait le moins. « Même si un pour cent de ce que je vais dire rentre dans les têtes, c’est déjà ça », résume une retraitée d’abord réticente. Plusieurs interviewés ont terminé leur entretien en disant, sans connaître le nom de la démarche : « écoutez-nous ! »
Un panel corrigé chaque soir
Filmer 177
personnes ne suffit pas ; encore faut-il que le groupe ressemble au pays. Trois
personnes étaient en soutien pour le pilotage des équipes et le suivi quotidien
de la composition du panel.
Chaque soir, les profils tournés étaient reportés dans un tableau commun, chaque matin les équipes recevaient des consignes de rééquilibrage : trop de commerçants, pas assez d’ouvriers, pas assez de demandeurs d’emploi, pas assez de personnes de plus de 75 ans, un écart d’une vingtaine d’unités entre les femmes et les hommes, une vigilance constante sur les habitants des quartiers prioritaires. Des entretiens déjà calés ont été déprogrammés pour corriger ces écarts.
Quatre-vingts heures de rushes
Restait à
traiter la matière. Quatre personnes ont récupéré les cartes mémoire, converti
les fichiers et séparé les réponses des questions des journalistes, jusqu’à
obtenir 80 heures de rushes utiles. Trois équipes de journalistes et de
monteurs se sont ensuite relayées en salle de montage à partir du 6 juillet
pour classer cette parole question par question, thème par thème.
Au matin du 23 juillet, le montage a été bouclé. Ouf ! Ce qui en sort n’est pas un résumé, encore moins une démonstration : un compte rendu, à travers lequel on entend d’un seul tenant ce que 177 personnes ont voulu dire de leur pays. L’analyse, elle, commençait à peine.